Louis Possoz

LP Louis Possoz

Louis Possoz est ingénieur conseil retraité, spécialiste dans les domaines de l’énergie et en particulier de son usage dit rationnel. Il y a plus de 20 ans, il s’est engagé activement dans les débats scientifiques sur les moyens de produire plus d’énergie et/ou d’en consommer moins. Ce fut l’occasion de participer à la fondation du groupe ORMEE (Observatoire sur le Relais Médiatique des Enjeux Énergétiques). Devant l’évidence des perspectives (très) limitées des réponses techniques, il a ensuite élargi ses recherches du côté de l’économie, tant néoclassique (les modèles de croissance) qu’hétérodoxe (l’économie écologique), rejoignant au final nombre de physiciens dans leur analyse sur les limites physiques qui rendent illusoire l’idée de croissance matérielle exponentielle éternelle. Devant l’évidence des mythes que sont le découplage entre l’économie et l’énergie, la dématérialisation ou la société de services (sans croissance matérielle), il s’est alors associé aux démarches interdisciplinaires naissantes et a participé à la création du groupe de réflexion interdisciplinaire QuelFutur. L’objet actuel de leurs recherches vise à identifier des pistes de réformes institutionnelles permettant d’échapper à la spirale des crises environnementales, économiques et sociales. Convaincu de l’importance de la communication et de la vulgarisation scientifique, il assure ponctuellement des conférences et cours universitaires. Dans le même esprit, il anime le site Internet ‘QuelFutur’. Pour le reste, grand-père heureux, il est  également actif dans les milieux du vélo (Rando-Vélo), du bricolage (Repair-Café), du jardinage (potager collectif) et autres activités citoyennes qui s’avéreront indispensables lorsque la transition sera réellement engagée.

Durant ResearchTalks Vol.7, Louis Possoz parlera de “Gaz de schiste, pour quoi, pour qui? Dans quel contexte énergétique, économique et sociétal ? Une mise en perspective en 5 points:

1) Les gravissimes problèmes environnementaux, dont les aspects emblématiques sont le réchauffement climatique et la perte de biodiversité, sont considérés comme avérés dans les milieux scientifiques correspondants. Ils devraient, entre autres choses, conduire l’humanité à abandonner rapidement les combustibles fossiles dans le sous-sol.

2) La fin de l’énergie à gogo! L’épuisement des combustibles fossiles (85 % des ressources énergétiques mondiales) est avéré même si les combustibles non-conventionnels permettront peut-être de maintenir le niveau de production actuel pendant quelques décennies. Mais déjà aujourd’hui, la lutte pour l’appropriation des ressources naturelles et des combustibles fossiles est acharnée. D’un autre côté, les énergies nucléaires posent des problèmes tellement complexes qu’il est raisonnable de ne pas les considérer comme une ressource assurée. Enfin, les énergies renouvelables, malgré le développement important qu’elles connaissent aujourd’hui, ne seront pas à même dans un horizon prévisible de se substituer aux quantités de combustibles fossiles consommées actuellement.

3) Pas de PIB sans énergie! Le constat du couplage fort entre économie et énergie est bien argumenté. Consommation et revenus sont donc fondamentalement liés à l’énergie. Ce constat est cependant vivement discuté et la controverse, déjà ancienne, oppose généralement les scientifiques des sciences physiques (et apparentées) aux économistes orthodoxes. Les stratégies volontaristes d’efficacité énergétique ne changent rien au constat (ou très peu) et les stratégies de dématérialisation sont tout aussi illusoires, comme le prouve l’exemple du développement massif des TIC.

4) Est-ce grave docteur? Non, car le bonheur est finalement peu dépendant de la consommation matérielle (une fois les besoins de base satisfaits). Les neurosciences et la psychologie positive convergent pour expliquer que l’être humain est à la recherche de satisfactions diverses (et pas seulement matérielles). Bien être, santé (ah, la pression et le stress), relations familiales, relations sociales, altruisme, solidarité sont autant d’autres moteurs de l’action humaine qui constituent des contrepoids à l’objectif d’accumulation de biens matériels.

5) C’est l’organisation institutionnelle des sociétés contemporaines qui représente le plus grand obstacle à l’avènement d’une civilisation compatible avec les limites de la biosphère. L’organisation actuelle ne peut en effet se maintenir sans croissance économique. D’autres organisations sociétales, d’autres organisations institutionnelles devraient donc être proposées. L’opinion courante est que ce sont les comportements individuels qui devraient être revus. Il y a pourtant là une contradiction car à un comportement moins consommateur de la part des citoyens s’oppose la volonté des pouvoirs publics de relancer la consommation afin d’assurer la croissance et l’emploi. Plutôt que sur les seuls comportements individuels, c’est sur l’organisation des institutions qu’il y a lieu de se pencher.
 

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